Paysages

Menton affiche PLMIllustration: Affiche touristique des Chemins de Fer Paris Lyon Méditerranée. La station de villégiature de Menton (French Riviera) par Tanconville.
 
L'invention du paysage
Un paysage n'est pas une réalité immuable, ni un fait évident. Sa perception est conditionnée historiquement et culturellement, à la fois comme objet de représentations et comme cadre de vie et de références existentielles. Au cours des dernières décennies, notre perception des paysages naturels a ainsi changé en profondeur sous des influences diverses. Ces évolutions constituent l'aboutissement d'un long processus, initié dès la Renaissance italienne, lorsque les peintres inventent les premières représentations paysagères. De nos jours, les paysages ont été soumis à des évolutions importantes, voire à de véritables métamorphoses. Leurs représentations traversent de même une crise majeure, qu'illustre la montée d'une sensibilité 'écologique'. La multiplication de paysages vécus comme des paysages "dégradés" relève d’une réalité objective, qui correspond à l'impact de l'activité humaine sur l'environnement. L’histoire du paysage et de ses représentations est abordée dans les pages qui suivent sous 3 angles :
*l’orientalisme, au travers de ses rapports à la colonisation (époque moderne) ;
*l’exotisme, avec l’histoire du tourisme (postmodernité) ;
*l’écologie, et ses liens à l’urbanisation (époque contemporaine).

ESPACE PERCU

L’extension généralisée du mode de vie urbain s'est accompagnée d'un changement d'attitude par rapport au paysage. De moins en moins vécu comme cadre de vie, il devient 'paysage-spectacle', objet de loisirs et de contemplation. Ces évolutions modernes ont eu pour conséquence le développement d'une sensibilité que l'on pourrait qualifier 'd'esthétisante'. L'accélération du rythme de ces changements a par ailleurs généré des phénomènes de saturation, se traduisant par une incapacité croissante d'adaptation des individus et des groupes. Ils résultent, là encore, tout autant de causes objectives que d'une méconnaissance des processus de transformation des paysages, empêchant la perception et la maîtrise de ces évolutions. Un paysage perçu comme 'dégradé' est en fait un paysage en transition, dont les évolutions non maîtrisées entraînent une crise des représentations.

 

ESPACE VECU

Les difficultés d'adaptation des sociétés aux évolutions paysagères sont particulièrement sensibles en ce qui concerne le rôle joué par l'agriculture dans la gestion du territoire. Si la dimension paysagère des espaces verts est aujourd'hui reconnue dans son principe, elle est loin d'être devenue une réalité en dehors des milieux urbains. Elle s'accompagne en effet d'une réticence des agriculteurs à assumer ce type de fonction. Nos recherches s’efforcent, au travers d’études de terrain et du recueil de témoignages contemporains, à comprendre les difficultés à concilier tradition et modernité, impératifs de rentabilité et sauvegarde du patrimoine, auxquelles sont confrontées les politiques actuelles de l'environnement.

 

LE PARADIGME PASTORAL

Les villes concentrent désormais l'essentiel de la population de la planète. La dialectique ville/campagne reposait jusqu'à présent sur des conceptions issues des traditions bibliques, dans les pays dits 'développés', les premiers à avoir connu le phénomène de l'exode rural. Le 'mythe pastoral' oppose depuis le moyen-âge la 'bonne campagne' et la 'mauvaise ville'. Des évolutions profondes ont eu lieu au cours des dernières décennies. Initiées par les Parcs Nationaux, autour d'une vision de la nature sauvage issue du Romantisme, elles s'efforcent désormais d'articuler espaces verts urbains et péri-urbains, avec des initiatives du type Parcs Naturels Urbains (P.N.U.).

 
 

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