P. canariensis (SP)

La palmeraie des îles Canaries
Etude ethnobotanique (bibliographie commentée)
 
Canaries Artisanat vannerieIll. exemples de vannerie traditionnelle des îles Canaries (mieldepalma.com)
Dans son habitat naturel, Phoenix canariensis a donné naissance à un artisanat varié qui va de la vannerie et du tressage à des productions vivrières, dont le vin de palmier, et le miel de palme, dénommé guarapo. Les études ethnobotaniques les concernant sont récentes. Dans les palmeraies ornementales, ce palmier a aussi été utilisé (plus récemment) à divers usages allant de la floriculture à des rituels religieux.
 
SOMMAIRE
2.1 L’artisanat du palmier
2.2 Dattes, vin et miel de palmier
2.3 Le Palm-Sunday
2.4 Bibliographie en ligne
 
2.1 L’artisanat du palmier
ARTESANIA DE PALMA (PARTE 1) 
ARTESANIA DE PALMA (PARTE 2)
Ill.: LANZAROTE: la confection des paniers (video) 
Toutes les parties du palmier étaient utilisées dans l’artisanat traditionnel des îles Canaries, comme le montre cet inventaire documenté.
Feuilles. Les folioles du palmier ont longtemps servi à l’alimentation du bétail et restent aujourd’hui un complément alimentaire. Elles sont aussi l’élément de base dans la fabrication de paniers, chapeaux, balais, pièces pour préparer le fromage ou encore emballages pour le poisson.
Pirgano (ou Pirguan). Il s’agit du rachis, la tige sur laquelle sont insérées les folioles. Les usages les plus communs sont la fabrication de paniers, la confection de clôtures ou tuteurs pour les vignes, la construction des maisons (sur les toitures pour soutenir les tuiles) ou son emploi comme combustible. Le “pirguan” a également connu d’autres usages comme la confection du “juercan” (utilisé pour remuer le grain torréfié dans l’élaboration du gofio et fait d’un raquis munis d’un linge à son extrémité), ou comme manche à balai ou encore comme canne servant à chasser les poussins des puffins (avec un hameçon attaché à la pointe).
Tomisa. Pour la fabrication des balais, on attacher les feuilles avec de la “tomisa”, une corde faite de feuilles tendres tressées.
Tahalague (Talahague ou Talahaque). Il s’agit de la base des feuilles, le pétiole, c’est à dire la partie épineuse qui reste sur le tronc une fois les feuilles coupées. Il s’utilise comme combustible pour torréfier le gofio et pour cuisiner, ou dans l’élaboration du miel de palmier. Une autre application est celle de la construction de clôtures épineuses pour éviter le passage des animaux d’un terrain à un autre. Le Talajague a eu encore d’autres usages comme la fabrication de jouets (bateaux, animaux, etc.) ou de bouchons de barriques et de carafons.
Arropon (ou Jarropon). Il s’agit des fibres végétales en forme de fourreau des bases folaires. Il s’utilisait pour recouvrir l’intérieur des pots de fougères dans le but de garder l’humidité, dans l’emballage des régimes de bananes pour l’exportation, dans le fourrage des matelas, comme litière pour les animaux ou matière organique pour la production du fumier.
Stipe. Le tronc du palmier est aussi récupéré pour de nombreux usages, comme la construction des ruches. Sa grande résistance aux intempéries en fait un excellent matériel de construction pour les toitures, comme revêtement de certaines maisons ou bien comme base de mur de soutènement et encore dans la fabrication de clôtures.
Racines. On les écrase pour en extraire les fibres, tressées à la main pour en faire des cordelettes, matériel de base dans la fabrication des semelles des espadrilles.
Palanqueta. Il s’agit du pédoncule du palmier (inflorescence féminine), utilisé principalement pour faire des jouets. Avec son écorce rougeâtre, coriace et malléable, on bordait traditionnellement aussi les paniers faits de cannes.
Balai et Tiges. Il s’agit de l’inflorescence féminine et des tiges qui la composent. Il s’emploie encore actuellement pour balayer les sols ou comme torche lors des massacres traditionnels de cochons (pour éliminer les poils). Les balais du palmier mâle (beaucoup plus petits et moins résistants que les balais des palmiers femelles) étaient utilisés comme torches pendant la castration des ruches. Les tiges de balai étaient aussi utilisées pour la fabrication de petits paniers et comme instrument de punition.
*Source : Aider La Gomera, Juan Montesinos, Gerardo Mesa Noda y Eduardo Franquiz. Usos Tradicionales. Link : http://www.mieldepalma.com/
 
2.2 Dattes et miel de palmier
Ill. Le miel de palme de La Gomera (cuadernos de etnografia : video)
Le palmier est un excellent complément de l’économie de subsistance, à l’origine d’une industrie rurale liée à ses produits variés, apportant à la population ilienne un bien, qui au fil du temps s’hérite et se loue. Depuis la vannerie traditionnelle jusqu’à l’utilisation fourragère et même dans l’alimentation humaine. Ces milles utilisations des palmiers ont permis à beaucoup d’entre eux d’être respectés sinon cultivés.
Guarapo. Le sirop (ou miel) de palmier est produit de nos jours à partir de la sève des palmiers (dite guarapo) sur l'ile de la Gomera (Archipel des Canaries). La sève est recueillie dans des récipients placés le long d'incisions pratiquées au sommet du stipe, après l’élagage de l’ensemble des feuilles du bouquet. L’opération se déroule dans la nuit, afin d’éviter que la sève soit altérée par la chaleur du soleil. Elle est récoltée le matin. Le guarapo était aussi utilisé tel quel comme rafraichissant, seul ou combiné avec un alcool. Durant les périodes de pénurie, il était par ailleurs consommé, après une légère cuisson, comme aliment. Aujourd’hui, on transforme le guarapo en miel. La dénomination de miel de palme vient de sa consistance et de sa couleur, qui sont similaires à un miel d’abeille semi-liquide.
Támaras (Tambaras ou Gamames). Les dattes du palmier des Canaries sont plus ovoïdes et beaucoup plus petites que les dattes du palmier dattier commun, avec un gros noyau et peu de chair. La graine (cuesco) est ovale-elliptique, de superficie couleur cendre et de 14 à 16 mm x 9 à 10 mm de taille. Sa section transversale est parfaitement circulaire avec une rainure plus étroite et profonde sur sa face dorsale. L’embryon est situé plus au moins sur la face ventral, sans marque apparente à l’extérieur et avec un n=18 (nombre aploïde de chromosomes). Sa floraison est principalement printanière. Les tamaras ont été et sont utilisés comme aliment pour les animaux, spécialement les cochons. Pourtant ils ont été consommés par les habitants des îles lors d’époques de pénurie, aussi bien murs et crus que verts et cuits avec du sel (gamames). Il y a aussi des récits qui expliquent que les dattes furent utilisées, moulues en farine dans la préparation de bouillie pour enfants.
*Source : Aider La Gomera, Juan Montesinos, Gerardo Mesa Noda y Eduardo Franquiz. Usos Tradicionales. Link : http://www.mieldepalma.com/
 
2.3 Le Palm-Sunday
Bordighera Ligature CanariensisIll. Ligature de palmiers des Canaries, destinée à la production de feuilles blanches (Bordighera-Italy)
Le Dies Palmarum (ou Palm Sunday), ouvre la liturgie chrétienne de la Semaine Sainte. Commémorant l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem, palmes blanches et rameaux tressés sont alors bénis par le prêtre et portés en procession dans les rues. Ces traditions couvrent un vaste aire culturelle, correspondant à l’extension du christianisme dans les régions de palmiculture.
Les traditions des rameaux tressés
Le tressage des palmes demeure une tradition toujours très vivante, bien au-delà de son aire d’origine. Elle donne lieu, suivant les régions, à une grande variété de formes parfois d’une sophistication extrême. Ces palmes tressées sont présentes jusqu’en Allemagne et en Angleterre, de même qu’en Europe orientale, et grande partie du monde chrétien non-européen.
Les variétés de palmiers utilisées
Originellement, le tressage des palmes faisait appel au palmier-dattier, P. dactylifera. Il a été rapidement remplacé par le palmier des canaries, P. canariensis, depuis l’époque de son introduction en Méditerranée. Outre une plus grande productivité, les raisons de ce remplacement relèvent aussi de la meilleure qualité des folioles du palmier des Canaries, en matière de tressage.
*Source : les usages rituels du palmier dans le monde chrétien. Link : http ://www.listephoenix.com/
 
2.4 Bibliographie en ligne
 
RIVERA D, OBON C, VERDE A, FAJARDO J, VALDES A, ALCARAZ F, CARREÑO E, HEINRICH M, MARTINEZ M, RIOS S, MARTINEZ V, LAGUNA E 2014. La palmera datilera y la palmera canaria en la medicina tradicional de España. In : Revista de Fitoterapia 2014 ; 14 (1) : 67-81. Link : http ://www.academia.edu/
 
GARCIA-ORTUNO T., FERRANDEZ-GARCIA MT., ANDREU-RODRIGUEZ J., FERRANDEZ-GARCIA CE., FERRANDEZ-VILLENA M. 2012. Valorization of Pruning Residues. The Use of Phoenix canariensis to Elaborate Eco-Friendly Particleboards. Link : http ://cirg.ageng2012.org/
 
LUIS RUBIO GUTIEREZ HERNANDEZ GONZALES-WELLER REVERT CASTILLA 2012. Palm tree syrup, nutritional composition of a natural edulcorant. In: Nutr Hosp. 2012,27(2): 548-552. Link : http ://scielo.isciii.es/
 
NEHDI I., OMRI S., KHALIL M.I., AL-RESAYES S.I. 2010. Characteristics and chemical composition of date palm (Phoenix canariensis) seeds and seed oil. In: Industrial Crops and Products 32 (2010) 360–365. Link : http ://ipac.kacst.edu.sa/
 
A suivre: la palmeraie des îles Canaries
Histoire contemporaine d’une diaspora emblématique (bibliographie commentée)
 
Phoenix canariensis est originaire des îles Canaries, un archipel situé au large des côtes de l’Afrique et comprenant 7 îles volcaniques qui relèvent de la souveraineté espagnole. Introduit il y a 200 ans en Europe, ce palmier est devenu au cours du XX° siècle un palmier ornemental d'importance mondiale. Sa distribution actuelle est principalement périméditerranéenne et nord-américaine. Son existence est aujourd'hui menacée, tant dans son aire d'origine que dans sa zone récente de diffusion. L'intégrité des populations natives est ainsi soumise à la pollution génétique due aux espèces introduites (en particulier Phoenix dactylifera). Quand aux plantes de la diaspora, elles sont en train de disparaitre suite à la diffusion du ravageur Rhynchophorus ferrugineus. Les données historiques et génétiques indiquent que cette diaspora possède une base génétique extrêmement réduite, provenant pour l’essentiel d'un lot de graines mis en culture au 19ème siècle. La diversité et la structure génétique de l'espèce dans son milieu naturel demeuraient par contre méconnues jusqu’à ces dernières années. Cette page s’attache aussi à décrire les principales survivances actuelles de ce palmier emblématique dans l’un des foyers historiques majeurs de son acclimatation et de sa diffusion, la Riviera franco-italienne.
 
Article en cours de publication dans la Revue Princeps (3-4) 2018.

 

 

 

 

 

 

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