Origines

Ce dossier a été rédigé par Robert Castellana, coordinateur du Projet Phoenix avec Jean Christophe Pintaud (IRD).  Il rend compte de la tradition religieuse chrétienne des palmes tressées dans le monde méditerranéen. Les diverses traditions recensées sont accessibles ici: orientégyptegrèceéthiopieromeespagneliguriesardaignecorsefrance
Coptic Egypt Saint Onophrios iconeIllustration: le saint ermite égyptien Onophrios représenté dans une icone copte.

La tradition du Dies Palmarum inaugure la principale des fêtes chrétiennes, la semaine pascale. Elle s’accompagne d’un riche artisanat populaire constitué de motifs religieux de folioles de palmes tressées. Il remonte vraisemblablement à l’essor du monachisme et de l’érémitisme dans les oasis du Moyen-Orient et par la suite lors de l’évangélisation de l’Europe. C’est en effet dans le contexte des monastères que voit le jour la confection des palmes tressées qui accompagne la fête. Il s’agit de motifs des plus variés qui ont en commun d’illustrer ou d’être rattachés à l’histoire sainte. Leur diffusion va concerner l’ensemble du monde méditerranéen. Les monastères semblent par ailleurs avoir aussi contribué à la diffusion d’une riche iconographie religieuse, allant de la Vierge Marie aux saints et aux martyrs, où le palmier occupe là aussi une place importante à différents titres.

EVANGILES

L’Entrée du Christ à Jérusalem est rapportée dans des termes voisins par les 4 Évangiles, dont les principaux extraits sont rapportés ci-dessous. On notera cependant que ces textes ne mentionnent pas explicitement le palmier, ni les palmes tressées, mais plutôt (et encore) divers feuillages dont la nature n’est pas clairement précisée.
Jean XII, 12-13
Le lendemain, une foule nombreuse, qui était venu pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prit des branches de palmier, et alla au-devant de Lui, en criant: Hosanna! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d’Israël!
Luc XIX, 28-36
Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. À l’approche du mont des Oliviers, il envoya deux disciples : «Allez au village qui est en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché: personne ne l’a encore monté. Détachez-le et amenez-le». Ils amenèrent l’âne à Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus. À mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin.
Matthieu XXI, 8-9
Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant lui et qui suivaient, criaient : “Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui entre au nom du seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !”
Marc XI, 1-8
Jésus et ses disciples approchent du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples: Allez au village qui est en face de vous. Dès l’entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres, des feuillages coupés dans la campagne.

 

MONACHISME

Les palmiers nourrissent les ermites de leurs fruits, comme Onophrios représenté à côté du palmier qui passait pour avoir assuré sa subsistance. Ils servent aussi aux moines à fabriquer des nattes, des paniers, des sandales et des vêtements. Une inscription rapporte ainsi que Macaire était «allé avec d’autres solitaires […] pour couper des branches de palmiers dont ils faisaient leurs ouvrages.» Parfois encore, le palmier sert à représenter la croix et la littérature Copte fait même allusion à une symbolique religieuse du palmier : «Il est écrit que le juste s’élèvera comme un palmier. Cette parole signifie l’élévation des bonne choses et leur douceur, et [elle indique] qu’il n’y a qu’un seul “cœur” à [l’intérieur du] palmier : tout son intérieur est blanc. Il ressemble ainsi au juste […] en présence de Dieu, regardant vers lui seul et possédant la lumière de la foi : en effet, toute l’œuvre du juste est dans son cœur. Quant aux épines du palmier, qui transpercent, ce sont les combats du juste contre le Diable».
Lire l’article. COQUIN R.G.1981. Conférence de M. René-Georges Coquin sur le ‘Récit de Papnoute’, consacré à la vie de l’ermite égyptien Onophrios. In École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 90, 1981-1982. 1981. pp. 343-348. Link: http://www.persee.fr/web/

 

HAGIOGRAPHIE

Rameaux Liguria ca1914 SchmuckerIll. Dies Palmarum en Ligurie au début du XX° siècle (photographie de Schmucker)
Le palmier est mentionné dans l’hagiographie dans des termes qui ne sont pas sans faire penser aux traditions antiques de l’Egypte et de la Grèce. Datant de la fin du VIème (ou du début du VIIème siècle), le récit de l’Évangile apocryphe de l’enfance attribué au Pseudo-Matthieu rapporte à ce propos que Marie, souffrant de la fatigue, de la faim et de la soif se repose à l’ombre d’un palmier. L’arbre étant trop haut pour que Joseph puisse atteindre les fruits, Jésus lui dit alors: «Arbre, penche-toi et rafraîchis ma mère de tes fruits.» A ces mots, le palmier s’incline jusqu’aux pieds de Marie permettant de cueillir ses dattes. Puis Jésus dit : «Fais jaillir entre tes racines la source qui y est enterrée et que l’eau coule, autant que nous voudrons.» Alors le palmier se soulève et entre ses racines se met à couler une source d’eau fraîche et pure.
Dès le IXème siècle, le miracle du palmier et de la source fait partie des motifs iconographiques classiques associés à la fuite en Egypte (il est aussi mentionné dans le Coran). A la même époque, le palmier devient l’attribut d’un grand nombre de saints chrétiens. Il s’agit pour l’essentiel de martyrs, en relation évidente avec les valeurs attribuées à la palme dans les traditions gréco-romaine issues des civilisations orientales. Les célébrations de l’Office des Palmes sont dès lors introduites dans la liturgie de la Pâque en Occident, avec la célébration du Dimanche des Rameaux, le Dies Palmarum. Cette célébration va donner naissance à une riche tradition populaire. Elle s’accompagne de l’introduction du palmier-dattier en Espagne, avec la création de la palmeraie d’Elche, puis en Italie lors de la fondation de la palmeraie de Bordighera.

 

BIBLIOGRAPHIE

COQUIN R.G. 1981. Conférence de M. René-Georges Coquin sur le ‘Récit de Papnoute’, consacré à la vie de l’ermite égyptien Onophrios. In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 90, 1981-1982. 1981. pp. 343-348. Link : /www.persee.fr/
TARDIEU M. 1973. Pour un phénix gnostique. In: Revue de l’histoire des religions, tome 183 n°2, 1973. pp. 117-142. Link : /www.persee.fr/

 
 

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