Jardin Expérimental

Experimental Garden structure

Expérience de reconversion écosystémique d'un jardin de palmiers
Ill. l'organisation médiévale des jardins de palmiers de Bordighera
C'est à la fin de l'année 2008, qu’a vu le jour le projet de Jardin Expérimental Phoenix. Il concernait le dernier jardin de palmiers dattiers de la palmeraie historique de Bordighera (Italie), lequel est aussi l’un des rares jardins ayant perduré de la fin du moyen-âge jusqu’à nos jours. Le Jardin Expérimental se compose d’une dizaine de planches de terrasses très étroites et très escarpées. Il abrite aussi deux bassins, une petite maison ainsi que les restes d’une importante culture de feuillage ornemental (ruscus), pratiquée à l’ombre des palmiers et marginalement sous-ombrière. Lorsqu’a démarré ce projet de reconversion, les palmiers étaient dans un état de dégénérescence du essentiellement à l’âge avancé des arbres, ainsi qu'à l'absence d'irrigation et d'amendement des sols. L'état du site était toutefois bien meilleur que celui de l'ensemble de la palmeraie, devenue de nos jours une friche agraire suite à l’abandon progressif de la plupart des cultures, et notamment de la palmiculture depuis une trentaine d'années. Située à l’embouchure d’un torrent méditerranéen, la palmeraie dispose de ressources hydriques abondantes, mais la disposition des parcelles en terrasses étroites et l’absence d'un accès routier systématique rend difficile sa reconversion. A cela s’ajoute une forte pression immobilière sur l'ensemble de la région, et plus particulièrement sur ce vallon situé en bord de mer, à seulement 15 km de la Côte d’Azur (10 millions de touristes/an). L'ensemble de ces contraintes est donc assez similaire à celles que connaissent nombre de palmeraies de production dans le monde méditerranéen. Le projet de Jardin Expérimental a été conçu dans ce contexte, afin d'offrir une alternative viable à la déprise agraire actuelle. Une proposition inspirée des Parcs naturels Urbains (PNU), développés en France depuis une vingtaine d'années, est en cours d'élaboration à ce sujet. Les recherches et expérimentations menées depuis 2008 à Bordighera concernent:
*l'analyse génétique des palmiers implantés sur ce site en marge de leur aire naturelle de culture,
*les besoins en eau du palmier dattier,
*la gestion des sols et des déchets végétaux,
*la gestion écosystémique et durable des cultures associées,
*la bio-diversité et l'acclimatation, en matière de faune comme de flore,
*la régénération du site de la palmeraie historique et de ses écosystèmes.
Ces recherches sont conduites dans un souci de développement durable, faisant appel à peu de moyens et orienté vers une optimisation de l'agro-biodiversité. Le site est par ailleurs l'objet d'une expérimentation (contrainte) de lutte écologique contre le Charançon Rouge du palmier (Red Palm Weevil), lequel est apparu sur le territoire communal en 2007 et menace désormais la palmeraie historique dans son ensemble.

PALMICULTURE

Brunnen in Bordighera gravure E Pfals n°69Ill. un puits à Noria caractéristique du paysage agraire de la palmeraie de Bordighera
Le palmier dattier nécessite d’importants apports en eau pendant la saison chaude. Le système d’irrigation de la palmeraie de Bordighera reposait sur des canaux distribuant les eaux captées dans le vallon, à destination des parcelles et de leurs bassins. Des puits à balancier et à noria, installés dans la partie basse du site, venaient compléter le dispositif, lequel alimentait aussi les moulins du village. La 1ère phase de notre intervention a consisté à restaurer l'irrigation estivale des palmiers. La 2nde phase d'expérimentation a concerné l'amendement des sols. Les résultats ont été rapides et spectaculaires en matière de reprise végétative.
 
IRRIGATION
Suite à la déprise agraire, et à la disparition des dispositifs traditionnels d’irrigation, les palmiers connaissent un important stress hydrique au cours des mois d’été, ce qui limite leur développement. Un dispositif d’irrigation par goutte à goutte a ainsi été mis en place dans le jardin expérimental, sur une moitié du terrain dans premier temps afin de pouvoir évaluer son efficacité. Un dispositif d’arrosage manuel, destiné aux introductions de plantes associées, a aussi été installé sur l’ensemble des parcelles.
 
Gallerie: le système d'irrigation traditionnel
 
AMENDEMENT & DPC
Plusieurs dispositifs de paillage (mulch) ont été expérimentés, en direction de la limitation de l’évapo-transpiration et de l’amendement des sols.
* les écorces de pin, une couverture classique utilisée en espaces verts, et qui est un matériau importé,
* la paille, qui n’est pas non plus une ressource locale mais qui est particulièrement économique,
* les feuilles de chêne, une ressource locale, et diverses autres feuilles d'arbre en automne,
* les feuilles et noyaux d’olivier, une ressource abondante sur le site,
* la canne de Provence (Aurundo donax), une autre ressource tout aussi abondante sur le site,
* les déchets des nombreux plants de lierre qui poussent sur le site et menacent la survie des arbres,
* un dernier paillage de type forestier, a été installé à partir de divers déchets provenant des palmiers (feuilles, spathes, et inflorescences découpées manuellement ou traités par vermi-compostage, et fibres de stipes décomposés naturellement).
Le paillage de type forestier s'est révélé le plus adapté, du fait qu'il permet le recyclage des déchets de taille de la palmeraie. Afin d’améliorer son efficacité, il a été combiné aux autres matériaux, sous la forme de strates alternées au fil des saison.
 
Gallerie: Date Palm Compost
Le compostage des déchets du palmier dattier (DPC), est une technique intéressante au niveau de l’économie du système oasien. Outre la gestion écologique des déchets de taille, il permet l’amendement régulier des sols. Cette technique nécessite toutefois des investissements couteux, en matière de broyage des palmes et de main d'œuvre (en ce qui concerne la manutention des andains). Nous avons donc expérimenté (avec succès) pusieurs dispositifs alternatifs.
* la technique dite du lasagne, consiste à alterner des couches de déchets végétaux (non broyés) et de carton. Attirés par la cellulose, les vers de terre sont les agents de la transformation. A la fois très efficace et simple à mettre en œuvre, cette technique, qui ne concerne que les feuilles et le rachis, est en cours de généralisation sur l’ensemble du jardin.
* le recyclage des pétioles s'est inspiré de la technique du terreau, qui consiste à les mélanger avec de la terre. Les pétioles sont enterrés à cet effet dans les allées du jardin, la terre extraite servant à recouvrir les lasagnes, ce qui améliore grandement leur efficacité.
* suite à l’observation de la décomposition naturelle des stipes sur pied, sous l’action de leur colonisation par divers insectes, nous avons procédé à leur regroupement, après les avoir découpés en tronçons, sur plusieurs points du site. Le principal agent de cette décomposition naturelle est un coléoptère,  le cétoine doré. Le résultat final consiste en une sorte de tourbe végétale qui peut être directement répandue sur le terrain.
* les déchets résiduels (désormais peu nombreux), sont soit utilisés directement comme combustible, soit brûlés en andains afin d'obtenir du charbon de bois. Ce charbon de bois est ensuite pilé et ajouté au compost, une technique d'amendement connue en agronomie tropicale sous le nom de "biochar".

 

FLORE

AgroforesterieSuite à des décennies de pratiques agricoles tournées vers des mono-cultures associées aux palmiers, le site présentait une extrême pauvreté en matière de bio-diversité. Une 3ème phase d'intervention (en cours de finalisation) a consisté à mettre en place plusieurs dispositifs expérimentaux destinés à instaurer un éco-système durable. Ces dispositifs s'inspirent du modèle oasien des cultures associées, abritant sous le couvert des palmiers deux étages de plantes arbustives et herbacées. Des plates-bandes ont ainsi été délimitées autour des palmiers, en bordure des terrasses ainsi qu’au pied des murs. Les parcelles ont tout d'abord fait l’objet de semis du type ‘jachère fleurie’ (parfois après un léger écobuage destiné à préparer les sols sans intervention mécanique). Au fur et à mesure de l’évolution de ces dispositifs, diverses plantes vivaces (de préférence mellifères) ont été introduites. Outre l'amélioration de la bio-diversité, l'objectif de ces dispositifs expérimentaux vise aussi à donner naissance à un milieu équilibré ne nécessitant pas d'entretien particulier, afin de réduire les frais liés aux interventions régulières de taille. L'enjeu de ces expérimentations est d'élaborer un modèle de gestion des sols transposable à l'ensemble du vallon.
 
LES VIVACES DU JARDIN EXPERIMENTAL
PRINCIPAUX FACIES
Liste des plantes en cours d'acclimatation
* faciès sous-bois (zones ombragées)
Il s’agit des parcelles où le couvert des palmiers est particulièrement dense. C’est le faciès originel de la palmeraie.
Une association végétale s'est rapidement imposée. Elle se compose des plantes suivantes: Asparagus (2 variétés), Clorophytes (2 variétés), Consoudes, Fougères (2 variétés), Misères (4 variétés), Pervenches (3 variétés), Phytolaca, Ruscus, Solanum nigrum, Sedum (variété à fleurs blanches). Cette association végétale est remarquable par sa rusticité et sa stabilité. Elle ne nécessite aucun antretien de taille particulier.
Les plantes qui suivent ont aussi été installés dans ces mêmes espaces: Ajuga repens, Begonia bulbeux, Bergenia, Buxus, Cyclamen, Dianthus (plumarius?), Digitale, Euchères (2 variétés), Fraises (2 variétés), Hortensia, Hosta, Kalistemon, Myosotis (2 variétés), Néflier, Pachysandra, Papyrus, Potentille, Ricin, Violettes. Leur installation est en cours d'évaluation.
* faciès plates bandes (zones semi-ouvertes)
Il s’agit des parcelles où les palmiers sont peu nombreux, suite à un début de déforestation.
Abutillion, Agatea, Anthemis, Asparagus (2 variétés), Astilbe, Belle de nuit, Dahlia, Dianthus plumarius, Dimorphotèque, Erigeron, Euryops, Forsythia, Fraises, Gaillardes (2 variétés), Gazania, Geranium citronelle, Glaieuls, Gueule de loup, Hellebore, Hypericus (Millepertuis), Iberis, Kikuyu, Lantana, Lavandes, Mélisse, Potentille, Sauge arbustive, Scaevola, Sedum (variété à feurs blanches), Senecio Cinéraire, Skeflera, Stachys, Verbasco, etc.
* faciès graminée bleue (zones ouvertes)
Il s’agit des parcelles où les palmiers sont quasi absents, colonisés en grande partie par une graminée envahissante.
Achillée, Agapanthe, Anémone de mer, Anthemis, Buddleia, Bulbinella, Centaurée, Dimorphotèque, Euryops, Gazania, Geraniums, Hypericum (Millepertuis local), Laurier rose, Lavandin, Néflier, Pimprenelle, Potentille, Salvia, Senecio cinéraire, Stachys, Thymus, Yucca
 
LES INTRODUCTIONS EN ZONES MARGINALES
Liste des plantes installées dans ces parcelles, dans une optique écologique et/ou paysagère
*faciès oasien (jardin d’agrumes)
Il s’agit de 2 parcelles où les palmiers sont présents en bordure.
Les agrumes représentent ici une culture historique originellement associée au palmier. Les agrumes actuellement installés sont les citronniers, les cédratiers, kumqait et orangers.
* faciès plates bandes adossées (zones murales)
Il s’agit de la colonisation des murs de terrasses, lesquels représentent la moitié de la superficie du terrain. Des plantes (mellifères ou produisant des baies comestibles utiles aux oiseaux) étaient déjà présentes : lierre, fausse valériane et clématite. D’autres sont en cours d’introduction : Chèvrefeuille, Pandorea, Passiflore, Vigne, Griffe des sorcières, Roncier sans épines, etc. Des dispositifs de type mur végétal sont aussi à l’étude, notamment en ce qui concerne les plantes grasses.
Ces espaces se sont par ailleurs révélés propices à des plates-bandes adossées: Artemis, Datura, Ficus, Melisse, Menthe, Luzerne, Ruta.
Un dernier projet concerne les plantes épiphytes du palmier : nous en avons recensé une cinquantaine dans la région, que nous cherchons à implanter progressivement dans le jardin. Une grande partie de ces plantes est déjà naturellement présente sur le site.
* faciès corridors (zones arbustives & enherbées)
Il s’agit de la gestion des terrains situés à la frontière des propriétés voisines.
Aubépine, Aurundo donax, Chamaerops humilis, Dimorphoteca, Granium zonal, Hedera helix (lierre), Lantana, Laurier cerise, Laurus nobilis, Ligustrum italicum, Neflier, Nerium oleander (Laurier rose), Pitosporum, Pyracantha coccinea, Salvia Derowskobia, Viburnum tinus,
Des bulbes et rhyzomes ont aussi été introduits au fur et à mesure de l’évolution des dispositifs, dans les espaces laissés libres. En voici la liste (en cours d'évaluation): acidantheras, aquilegia, arums, asparagus plumosus, asparagus sprengeri, anemone blanda, dahlias, echinacea purpura, eranthis cilicica, eranthis hyemalis, fritillaria meleagris, gladiolus, hosta undulata albomarginata, hyacinthus orientalis, incarvillea delavayi, iris, ixias, kniphofia uvaria, liatris spicata, lupinus russel hybrids, muscari armeniacum, narcissus delnashaugh, sparakis, tulipa tarda.
 
LES ANNUELLES DU JARDIN EXPERIMENTAL AU FIL DES SAISONS
Aux premiers semis traditionnels, ont succédé des introductions régulières au moyen de semis en pleine terre ou de graines enrobées dans des billes d'argile. Les photos ci-dessous ont été prises entre 2012 et 2013.

Légende des photos:  adonis aestivalis, agrostemma githago, achillea milefolium, Agrimonia eupatoria, amni, aneth, Angelica archangelica, Antirrhinum majus, calendula officinalis, Callistephus chinensis, centaurea cyanus, cheiranthus cheiri, chrysanthemum leucanthemium et coronarium, Cichorium intybus, Cistus ladanifera, Coreopsis lancéolé, Coreopsis verticille, Coriandrum sativum, Cosmos bipinnatus, Cynoglossum amabile, Cynoglossum nervosum, daucus carota, Delphinium, Dianthus, Digitalis, Dimorphothéca, Dracocephalium moldavica, Dryas suendermanii, Echinacea purpurea, Echium vulgare, Fuschia, Gaillardia, Galium album, Géraniums parfumés, Godetia grandiflora, Gypsophila, Helianthus annuus, Helichrysum, Hesperis matronalis, Ibéris sempervivens, Lathyrus odoratus, Lavandula, Leucanthemum vulgare, Linum grandiflora, Linum rubrum, Liseron, Lunaria annua, Lupinus perennis, Lychnis chalcedonica, Lythrum salicaria, Malva sylvestris, Matricaria perforata, Matricaria recutita, Mentha, Monarda citrodora, Narcissus pseudonarcissus, Nigella damascena, Ocimum basilicum, Oenothera lamarkiana ou biennis, Papaver, Petroselium sativum, Pimpinella saxifraga, Réséda, Rosmarinus, Salvia officinalis, Sanguisorta minor, Saponaria, Silene armeria ou dioca, Sorghum nigrum, Taraxacum, Tripleurospermum maritimum, Viola tricolor, etc..
 
GESTION DES PLANTES INVASIVES
5 espèces de plantes envahissantes ont été recensées sur le site. Elles entrainent un appauvrissement important de la biodiversité. Leur présence offre toutefois certains intérêts. Plutôt que de chercher à éradiquer ces plantes, les expériences en cours visent à comprendre et à gérer leur extension. Les dispositifs suivants sont actuellement en cours d’évaluation:
*limiter leur prolifération par des barrages physiques,
*mettre les plantes envahissantes en compétition.
1- Senecio deltoideus
Cette invasive originaire d'Afrique du Sud est désormais omniprésente dans toute la région littorale. Son avantage: elle produit une bio-masse importante, intéressante au niveau du compostage. Nous travaillons à la contenir par des introductions de plantes retombantes (en palissage des murs de terrasses), ou des introductions de plantes locales (en massifs et en couvre-sols).
2 – Graminée bleutée à identifier
Cette graminée est extrêmement envahissante, mais facile à détruire. Elle présente toutefois l’avantage de ne pas se dessécher en été (ce qui limite les risques d'incendie), et de jouer un rôle de couvre-sol. Nous cherchons donc à trouver des plantes capables de coexister avec elle.
3- Centaurée non identifiée
Cette centaurée (jacea, aspera, scabiosa ou nigrescens?) n'est que relativement envahissante, formant un massif à extension lente. Elle présente l'avantage d'attirer en permanence et en grande quantité divers insectes pollinisateurs, dont de nombreuses abeilles sauvages. Nous travaillons à la limiter aux bordures des terrasses, car elle est retombante.
4-5 En cours d’identification
Ces deux dernières plantes poussent plus particulièrement dans les parties très ombragées, où elles empêchent la prolifération des mauvaises herbes. Nous les avons mises en compétition entre elles, ainsi qu’avec diverses plantes locales ou introduites. Le dispositif s'est révélé très efficace, avec des espaces qui ne nécessitent depuis plusieurs années quasimment aucun entretien.
6 Introduction de plantes couvre-sols
Des plantes du type «couvre-sols» ont été introduites sur les plates-bandes délimitées autour des palmiers et en bordure des terrasses, afin d’observer leur développement. Les plus appropriées seront disséminées, afin de limiter la pousse des ‘mauvaises’ herbes et des 'envahissantes'. L’asparagus (présent sur le site où il était cultivé à des fins ornementales) s’était déjà installé spontanément autour de plusieurs palmiers. Les plantes introduites sont pour le moment le millepertuis, le kikuyu, la pervenche, l’ageratum, la coche-lourde, l'achillée, ajuga repens, etc.

 

FAUNE

Avifaune nid de merleIll. nid de merles installé sur un rejet de palmier
Cette quatrième phase de notre intervention a concerné la faune sauvage (insectes, reptiles et batraciens, oiseaux et mammifères), encore bien représentée dans l’ensemble du vallon du fait de la proximité du torrent qui coule toute l’année et de la déprise agraire qui a conduit à l'ensauvagement d'un grand nombre de parcelles. A côté de la faune endémique, diverses espèces allogènes sont aussi présentes, et notamment le charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) depuis 2007. Un premier palmier a été infesté en 2013 sur le terrain du Jardin Expérimental. Il va être intéressant de voir si la gestion écosystémique du jardin contribuera à limiter l'expansion du ravageur. Le charançon connait en effet des antagonistes dans son milieu naturel.
 
INVENTAIRE DE LA BIODIVERSITE ANIMALE
Bien qu’il s’agisse d’une zone sensible, située à l’embouchure d’un torrent méditerranéen, aucun inventaire faunistique n’a encore été réalisé à ce jour. Des observations partielles ont toutefois permis de relever la présence de chauves-souris et de lucioles, des espèces qui passent pour des indicateurs de bio-diversité. Plusieurs dispositifs ont été mis en place afin de favoriser la présence d’une faune diversifiée sur le site.
*Entomofaune
Les divers dispositifs de décomposition des déchets de palmiers ont permis d’observer la présence d’une intéressante entomofaune, dont le cétoine doré qui colonise les stipes morts dont il assure la décomposition. On a aussi relevé la présence de nombreux insectes, dont plusieurs se sont spécialisés sur une fleur particulière, ainsi que celle de papillons, de libellules, de guêpes et d’abeilles sauvages. Un dispositif sommaire a été mis en place pour favoriser la nidification de ces abeilles autochtones.
*Animaux
Nous avons aussi relevé la présence de nombreux lézards, scorpions, grenouilles et serpents (couleuvres et orvets), sur le terrain et dans les deux bassins dès leur remise en fonction, ainsi que de rats (qui se nourrissent des dattes), d'écureuils et de blaireaux (attirés par les lombrics des composts).
*Avifaune
En ce qui concerne l’avifaune, les merles viennent spontanemment nicher dans les branches basses des palmiers. Les tourterelles sont elles aussi assez nombreuses à fréquenter la cime des arbres. Plusieurs rapaces survolent régulièrement la zone par ailleurs, ainsi que divers oiseaux marins. Des bassins à oiseaux ont été installés, accompagnés de mangeoires en hiver, afin d’attirer et de fixer les oiseaux sur le site. Des nichoirs ont aussi été mis en place à cet effet. On envisage plus tard des installations similaires destinées aux chauves-souris, en voie de disparition dans le vallon.
 
INTRODUCTION DE RHYNCHOPHORUS FERRUGINEUS
Avec le changement d'hôte, de P. canariensis vers P. dactylifera, les modalités de l'infestation changent elles aussi. Voici les détails du dispositif d'installation du charançon rouge que nous avons pu observer, à la date du 17 octobre 2013, dans le Jardin Expérimental: "Projet Phoenix 2013. First occurrence of Rhynchophorus ferrugineus on date palm in Bordighera (Italy)". Link: Phoenix Research Note
L'apparition du ravageur des palmiers au voisinage du Jardin Expérimental nous a conduit à mettre en place une stratégie de lutte écosystémique, dont l'article suivant rend compte: "Transfert de Rhynchophorus ferrugineus vers la palmeraie de Bordighera (Italie)". In: Fous de Palmiers June 2015 (n°83). Link: Castellana-Pintaud 2015.
En savoir plus sur l'infestation à Bordighera et les techniques de lutte contre le charançon rouge (Rhynchophorus ferrugineus):  listephoenix.com

 

REGENERATION

Les initiatives en cours dans le jardin Expérimental concernent aussi la dimension patrimoniale de la palmeraie historique. Le Jardin Expérimental de Bordighera est en effet le dernier jardin de palmiers de la région. Nous cherchons ainsi, dans un souci de conservation plus global du site, à nous inscrire dans les réseaux de jardins historiques et leurs circuits de visites touristiques. Nous participons dans le même esprit à une réflexion relative à la réhabilitation de l’ensemble du vallon, en collaboration avec les associations locales.  La palmeraie de Bordighera occupe en effet l’embouchure d’un vallon méditerranéen d’une réelle richesse faunistique et floristique. Nous avons par ailleurs intégré le site historique de la palmeraie dans les réseaux de collaborations Nord-Sud, autour de problématiques éco-systemiques et socio-culturelles communes qui ont fait l’objet de plusieurs programmes de recherche.
 
*VISITES GUIDEES
Grace aux visites guidées gérées par diverses associations d’amateurs de botanique et d'écologie, le site de la palmeraie historique est désormais pleinement intégré aux réseaux touristiques et patrimoniaux des jardins de la Riviera.
Une signalétique a été mise en place à cet effet, avec 8 panneaux illustrés installés pour le moment sur la clôture du jardin expérimental, en bordure du sentier où a été amménagé un balcon-belvédère panoramique. Ils présentent les expérimentations en cours ainsi que la tradition locale de la palmiculture.
 
*PALMICULTURE
Cette initiative concerne la mise en culture de graines de palmiers issues d’exemplaires locaux en vue de la régénération du site historique.
Elle est menée sur la parcelle voisine, mise à disposition par son propriétaire. Ces palmiers sont destinés à être transplantés dans les jardins publics et privés de la commune. Une série de graines de palmiers hybrides vient par ailleurs d’être mise en culture, afin de prendre en compte cette dimension originale de la biodiversité locale.
 
*FLORICULTURE
Un jardin d’agrumes existe déjà sur le site. Diverses introductions de plantes représentatives de l’histoire régionale de la floriculture ont aussi eu lieu. Elles visent à contribuer à l’amélioration de la biodiversité, et sont organisées autour des thèmes suivants:
* fleurs (œillets, marguerites et apparentées, roses)
* aromes (lavandes, myrte, thym, romarin, menthes, sauges, rue, mélisse, alysse, ciste, géranium, iris, œillet, verveine citronnelle, violette, …)
Destinée à la culture du ruscus, l’ancienne ombrière du Jardin Expérimental a par ailleurs été transformée en pépinière qui abrite à ce jour une collection de plantes grasses et succulentes, dont l'introduction remonte aux premières expériences de diversification des cultures ornementales au début du 19ème siècle.
 
*BIODIVERSITE
Les collaborations en cours dans ce domaine visent à élargir la problématique phénicicole à la biodiversité, notamment  en direction des réseaux de zones humides méditerranéennes et des oasis dites marginales.
La palmeraie de Bordighera occupe en effet l’embouchure d’un vallon méditerranéen d’une réelle richesse faunistique et floristique, lequel ne fait actuellement l’objet d’aucune protection ni inventaire. Le palmier-dattier présente par ailleurs une diversité génétique exceptionnelle qui nous a conduit à mettre en place des collaborations Nord-Sud visant à la description de son cycle reproducteur à diverses latitudes.
 
*ANTHROPOLOGIE
Ces recherches se proposent de rendre compte de la place occupée par les plantes dans l’histoire des sociétés, et notamment dans les représentations identitaires de l’espace vécu. Elles concernent plus spécifiquement l'histoire de l'acclimatation de matériel végétatif dans le monde méditerranéen.
Des investigations paysagères à caractère patrimonial sont menées à ce sujet en collaboration avec les archives locales, les historiens et les collectionneurs. Le revival de la tradition de la palmiculture a par ailleurs connu ces dernières années un succès encourageant.

 
 

PARTENARIAT
Le Jardin Expérimental est un jardin privé, géré dans le cadre d’un partenariat franco-italien qui a pour objectif sa conservation et sa réhabilitation.
*Gestion du Jardin Expérimental
Le Jardin Expérimental est géré par le Centre de Recherches sur le Patrimoine (CRP-France)
*Réhabilitation de la palmeraie historique
Une vingtaine de jardins historiques et associations locales sont par ailleurs partenaires de ce projet de réhabilitation et de régénération du site de la palmeraie historique et de ses traditions.

 

 

 

 

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